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04/10/2011

Etienne Tshisekedi au quotidien le soir


Quatre jours après le dépôt officiel de sa candidature à la présidentielle (lundi 5septembre2011), Etienne Tshisekedi avait pris l'avion pour une nouvelle tournée euro-américaine. Après trois semaines de séjour à Bruxelles (Belgique), ponctué par des sorties de courte durée à La Haye (Pays-Bas), à Berlin (République Fédérale d'Allemagne), à Stockholm (Suède), à Londres (Grande-Bretagne), il a traversé l'Atlantique ce week-end pour le Canada.

Peu avant sa croisade américaine, le président national de l'UDPS a accordé une interview exclusive au quotidien belge «Le Soir ». Cet entretien a essentiellement gravité de ses contacts en Europe, de ses chances de succès à la présidentielle et de sa vision du Congo de demain.

Le Congo : une jungle

L'homme tient les propos ci-après à l'intention des Congolais de la diaspora et des investisseurs étrangers : « Aux militants et hommes d'affaires que j'invite à s'installer au Congo, mon message est que, pour la première fois depuis l'indépendance, ce pays va devenir un Etat de droit, avec une vraie justice, une vraie gouvernance... Tous ceux qui craignaient le désordre, l'insécurité, sont aujourd'hui invités à venir, à investir u, Congo, à créer des emplois. Nous avons 95% de chômeurs. Il est temps de créer des emplois pour eux ».

Tshisekedi tient un jugement sévère sur son pays »Depuis l'indépendance, le Congo ressemble plus à une jungle qu'à un Etat... Moi, je parle du Congo de demain, car je sais que le peuple congolais me fera confiance ...

Partout, dans le monde, on se plaint de l'insécurité qui règne au Congo. On le considère comme un pays où il n'y a aucune loi, aucune garantie...»

Parlant du - climat des affaires, l'illustre invité du journal Le Soir, tranche qu'il est très mauvais. Il cite, à cet effet, le cas du Canada, où « des sociétés comme First Quantum se plaignent amèrement. Je les ai rencontrés, j'ai expliqué que le Congo allait devenir un Etat de droit, où le climat des affaires allait être très positif. J'ai fait un appel pour qu'ils reviennent. Le 6 décembre prochain, sitôt que Kabila sera parti, les investisseurs seront invités à revenir... ».

Optimiste, il soutient que « quelque soit le degré de' tricherie, Kabila ne s'en sortira pas. Le 6 décembre, tout sera réglé

Le Katanga aussi pour le changement

Parlant de ses relations avec l'électorat du Katanga, Etienne Tshisekedi avoue avoir été agréablement surpris, lors de sa tournée au mois de juillet dernier, dans cette province, de constater que cette dernière, était également acquise au changement : «Alors que je pensais encore qu'au Katanga, j'allais devoir composer avec Kabila, des combattaient me téléphonaient pour me dire que le Katanga n'était pas différent du reste du Congo, que toutes les provinces voulaient le changement, c'est-à-dire le départ de Kabila. Au Katanga, mon succès a été total.

Les habitants de chaque ville visitée se déplaçaient pour venir m'entendre …

J'irai au Kivu aussi, dans le fief même de Kabila, son soi-disant terrain, où il avait promis la paix, la sécurité … »

Retour au pays par Kisangani

En juillet, Etienne Tshisekedi avait, pris l'engagement d'aller voter, au Katanga. On croit savoir que sa campagne électorale pourrait avoir comme point de départ la ville de Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale. D'où, pour nombre d'observateurs, son retour au pays devrait intervenir autour du' 28 octobre, date officielle retenue par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), pour le lancement officiel des actions de propagande des candidats aux élections présidentielle et législatives nationales.

Le Sphinx de Limete est formel : « Je reviendrai de ma tournée à l'étranger en débarquant à Kisangani, puis dans les deux Kivu et au Maniema... ». L'homme est-il en mesure d'apporter la paix durable aux compatriotes vivant à l'Est ? A cette question, il répond : « La paix sera la conséquence immédiate du rétablissement de l'Etat de droit. N'oubliez pas que là-bas, l'insécurité est maintenue par des .gens qui étaient des compagnons de lutte de Kabila (Laurent-Désire) dans le maquis. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, il les a abandonnés. C'est pour cela qu'ils se lattent aujourd'hui encore... L'armée, ces militaires qu'on ne paie pas, qu'on laisse en débandade, est encore pire que tous ces groupes armés. Nous Allons, créer une véritable armée nationale, ce qui n'a jamais existé dans ce pays, même du temps, de Mobutu. L'armée a toujours été composée de milices. Les généraux bardés de titres étaient, illettrés. Nous allons former une armée classique comme dans tous els pays civilisés …

A l'Est, sans pitié, nous allons désarmer tous ces groupes. Certains parmi eux seront poursuivis, pour s'être rendus coupables dé crimes. Des officiers de l'armée gouvernementales se sont livrés à des trafics, sont devenus de millionnaires».

Etienne Tshisekedi, pense, à l'instar de nombreux compatriotes, que « c'est l'impunité qui est la cause de tout cela, à commencer par l'impunité de ceux qui sont u sommet. Ils ne peuvent s'sanctionner leurs congénères, des gens avec lesquels ils ont commis d'autres crimes... Au Congo, on arrête des politiciens, des activistes des droits de l'homme pour les faire taire. Je vais réactiver l'appareil judiciaire en payant correctement les magistrats... Mais, certainement, dans l'armée, nous avons des officiers qui ont été formés dans vos écoles, en Belgique, et dans d'autres pays occidentaux...».

La diaspora congolaise attend un signal fort

Le président national de l'UDPS est d'avis que des millions de compatriotes vivant en exil en Europe Occidentale attendent un signal fort, notamment « le rétablissement de l'Etat de droit, pour revenir au pays. Tous en ont assez de la vie qu'ils mènent à l'extérieur. Le Congo a besoin de tout le monde pour se reconstruire. Partout, la communauté congolaise s'est mobilisée massivement. Nous avons beaucoup, de cadres à l'étranger et au retour, ils étaient souvent inquiétés ».

CENI : le double langage de Ngoy Mulunda

Le processus électoral souffre, selon l'opposition congolaise, d'un grand déficit de transparence. L'UDPS est du même avis et ses combattants ont déjà payé le prix fort, en termes de pertes en vies humaines, d'arrestations arbitraires, d'atteintes à leur intégrité physique et de brimades diverses. Etienne Tshisekedi réaffirme haut et fort que « du côté du pouvoir, il y a toujours des manœuvres, des pressions sur la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour qu'elle ne nous accorde pas l'accès au serveur central. Nous exigeons que soit publiée la cartographie de tous les bureaux de vote à travers le pays, car nous devons pouvoir envoyer no' témoins dans tous ces bureaux. Nous voulons que l'on publie le fichier électoral, car la loi prévoit qU'un mois après avoir terminé l'enrôlement des électeurs dans une province, on publie la liste de ces électeurs. Cela n'a pas encore été fait. Là où on ne publie pas, c'est là où on risque de tricher... » (NDLR La CENI vient enfin d'afficher, dans son site Internet, les listes des électeurs, deux mois après la clôture des opérations enrôlement. L'interview de Tshisekedi au journal Le Soir était réalisée quelques jours plus tôt).

Daniel Ngoy Mulunda, président du Bureau de la CENI est-il ouvert au dialogue ? Tshisekedi en doute. Et, il ne s'en cache pas : « Assez ouvert? Disons plutôt qu'il a un double langage. D'un côté, il vous endort, et de l'autre, il y a ce qui se fait sur le terrain. C'est le contraire. Il voit tout le monde, c'est vrai, c'est un pasteur… J'ai été le premier à le recevoir chez moi. Il parle bien, mais nous recevons de l'intérieur des rapports alarmants. Il nous promet d'arranger les choses mais, en réalité, rien ne se passe. Les bureaux de vote sont tellement éloignés les uns des autres qu'il sera impossible que tout le monde ailler voter, à cause des distances à parcourir … ».

Le président national de l'UDPS considère le serveur central comme le point névralgique des fraudes électorales planifiées. C'est pourquoi, explique-t-il, on refuse que l'opposition y ait accès. Il y a aussi dies bureaux fictifs, où on pourra bourrer les urnes. Notre parti, qui est implanté partout au Congo, devra avoir des témoins partout... Nous exerçons des pressions. On ne peut pas nous faire signer le Code de bonne conduite aussi longtemps que nos revendications ne sont pas satisfaites, comme l'accès au serveur central, la cartographie des bureaux de vote, la publication du fi- chier électoral... »

Victoire certaine à la présidentielle

Etes-vous prêt à vous engager pour des élections apaisées ? En réponse à cette question, Tshisekedi fait part de sa conviction que « les élections présidentielles vont permettre une alternative au Congo. Le 6 décembre prochain, le mandat de Kabila prend fin. L'UDPS est connue pour sa non-violence. Quant on tue ses membres, la télévision contrôlée par le pouvoir dit le contraire. Nos militants vont être calmes. Mais, nous redoutons les provocations... Voyez nos meetings : nous remplissons les stades, nos combattants assurent la sécurité et il n'y a jamais un seul incident. Mais quand la police est là, il y a des problèmes... Ma victoire est une certitude. C'est au pouvoir que vous devez demander s'il va accepter sa défaite... S'il se maintient par la force, le pays sera ingouvernable...».

Avec Kamerhe à Washington

Contrairement à ce qui se raconte dans certains salons politiques de Kinshasa, les ponts ne sont pas totalement coupés entre Etienne Tshisekedi et les leaders de l'opposition dite de Sultani, spécialement Jean-Pierre Bemba (MLC), Léon Kengo wa Dondo (UFC) et Vital Kamerhe(UNC). Le président national de l'UDPS apporte à ce sujet, un éclairage supplémentaire : «. ... j'ai contacté les autres candidats de l'opposition. Nous sommes en train de nous entendre, afin que seule ma candidature soit reconnue et soutenue. C'est pour cela que j'ai rencontré M. Kengo ici à Bruxelles. Je suis allé en Hollande pour y rencontrer M. Jean- Pierre Bemba à La Haye et il va donner la consigne de me soutenir, afin que les voix de ses partisans se portent sur moi. A Montréal, où je me rends ce week-end, je vais rencontrer un autre candidat, Vital Kamerhe. (NDLR : Aux dernières nouvelles, on nous apprend que le face à face Tshisekedi-Kamerhe n'aura plus lieu à Montréal, mais plutôt à Washington, où les deux personnalités politiques sont annoncées en fin de semaine). D'après ses déclarations, lui aussi serait d'accord de ne donner ses voix, pour que l'on puisse chasser Kabila. Cela commence à faire du monde... Tout le monde veut une véritable union de l'opposition, afin de pouvoir isoler Kabila. Nous sommes en politique : la répartition des postes se fera après, suivant les résultats obtenus par chaque parti, par le nombre de députés envoyés au Parlement … »

Santé : pas de problème

Etienne Tshisekedi' indique ne pas avoir de problème de santé. Il compte le démontrer en allant partout au Congo. « Quand je vais commencer la campagne, voir encore. Je vais aller à l'Est et dans le Grand Nord. A Kisangani, je connais la prison de la rive droite et celle de la rive gauche. Dans ces régions éloignées, tout le monde me connaît encore, car Mobutu, à l'époque, m'avait déporté, mis en relégation à Dungu, Isiro, Monga. Les villageois, à l'époque venaient m'entendre et je leur passais des messages de changement. Ils se souviennent bien, de moi. Tout le monde me connaît. Cela va jouer On m'appelait l'éternel opposant. Maintenant, c'est mon tour d'être aux affaires, de bonnes affaires, pour mon pays... Je vais élever le Congo au rang des nations civilisées. Voilà. Bonne gouvernance, Etat de droit, combat contre la corruption, contre les antivaleurs, moralisation de la vie politique... car, dans ce pays c'est du banditisme. Tout cela sera l'aboutissement d'un combat de trente ans. Dieu nous a aidé en nous gardant la force, qu'il soit maintenant remercié...».

Le Soir

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13:46 Écrit par vanove | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook